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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/146

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les croisades

grande capitale des pirates, regorgea bientôt de richesses ; son marché d’esclaves surpassait tous les autres. De là les efforts des empereurs byzantins pour la reprendre. Après cinq expéditions infructueuses, celle de 960 conduite par Nicéphore Phocas réussit et la Crète redevint grecque pour deux siècles et demi. Mais la piraterie arabe ne cessa pas pour cela ; les vaisseaux effilés et rapides dont les voiles noires annonçaient aux populations riveraines les deuils prochains continuèrent de sillonner les flots. Alger, Tunis et Tripoli en furent les centres attardés. Les âges passaient et leurs corsaires demeuraient impunis. Derrière cette façade de brigandage, le monde arabe se cristallisa ; la vie du désert s’empara de son esprit et le limita aux horizons primitifs. Il ne resta plus que le souvenir de ces émirs fastueux et despotiques, alternativement cruels et généreux, et aussi à leur aise, comme on l’a observé, « dans les palais des mille et une nuits que sous la tente du bédouin pillard. »[1]

Qu’ainsi le dernier mot ait été dit de l’histoire arabe, cela n’est guère probable. Lorsqu’une race possède un pareil passé, on doit s’attendre à ce que de longues somnolences lui préparent un réveil brillant.


LES CROISADES

Le numérotage des croisades a été inventé pour la commodité d’un enseignement formaliste et tendancieux. Il est contraire à la réalité des faits. Il n’y a eu qu’une seule croisade composée de plusieurs expéditions et qui revêtit dès le principe un triple caractère : religieux, guerrier et commercial. Le caractère religieux s’affaiblit et disparut le premier ; le caractère commercial s’affermit au contraire et subsista longtemps.

Dès le ivme siècle de l’ère chrétienne, les fidèles d’occident avaient commencé à se rendre en pèlerinage à Jérusalem. La mère de Constantin, Hélène, par son zèle pieux avait restitué aux lieux

  1. Bédouins, Maures, Sarrasins sont des noms qu’on doit éviter d’employer en histoire. Ils ont été en usage selon les époques et les lieux mais en fait ils désignent les Arabes de l’islam.