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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/140

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les arabes

C’est une figure sympathique mais il n’eut rien de divin ni même de surhumain. Enrichi par son mariage, adonné à la polygamie, il ne posséda que les vertus accessibles à l’homme moyen. Sa probité, sa douceur, sa fidélité étaient grandes et même après que, visionnaire exalté, il eût cessé de se croire un homme comme les autres, il demeura sincère et bon. Pourtant quand il lui fallut le 16 Juillet 622 (c’est la date de l’hégire, c’est-à-dire de l’ère musulmane) s’enfuir de la Mecque pour échapper aux persécutions dont il commençait à être l’objet, c’est à l’épée qu’il recourut pour imposer la foi nouvelle et ce simple fait suffit à différencier de façon fondamentale l’islamisme du bouddhisme et du christianisme. Il est certain que la « guerre sainte » ne fut prêchée que contre les idolâtres mais le principe allait bien vite s’en trouver étendu à tout ce qui n’était pas musulman. De même la soumission sans réserve à la volonté divine — signification du mot : islam — devait rapidement dégénérer en un fatalisme simpliste propre à engendrer la stagnation de l’esprit. Par ailleurs son extrême clarté dogmatique explique la rapide diffusion de l’islamisme. Tandis que le bouddhisme nourri de philosophie, avait tout de suite ouvert la porte à des spéculations sans fin, tandis que la doctrine chrétienne en se constituant, s’était appuyée sur des « mystères » devant lesquels elle conviait la raison humaine à s’incliner sans comprendre, l’islamisme se présentait avec l’auréole de la logique et du bon sens, accessible à tous et capable d’une unité dont les contours grandioses dissimulaient la pauvreté et la stérilité éventuelles. Le monothéisme arabe, en somme, reflétait le monothéisme hébreux dont il était issu mais avec la double supériorité d’un Dieu dénationalisé, rendu infiniment plus « universel » que Jéhovah ne pouvait l’être — et d’un culte à la fois précis dans ses prescriptions et si simple que nul fidèle ne serait enclin à en discuter le principe.

Sitôt Mahomet disparu, l’exaltation qu’il avait su provoquer parmi ses adeptes déjà nombreux fit explosion. Un prosélytisme forcené s’empara des Arabes et les jeta en quelque sorte hors d’eux-mêmes. Sous prétexte d’abattre l’idolâtrie, ils entreprirent la conquête des pays voisins. Ce n’étaient point là leurs premières « sorties ». En Éthiopie, en Égypte, en Syrie, en Mésopotamie on avait eu jadis à faire à eux. Les « hyksos » égyptiens étaient bien certainement des Arabes ; ceux-ci avaient plus récemment