Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/128

Cette page a été validée par deux contributeurs.
125
byzance

et d’admiration les contemporains. Avec sa coupole audacieuse, ses absides, ses colonnades superposées, ses marbres polychromes, ses mosaïques, ses émaux, ses lustres et ses six milles candélabres, elle dépassait en magnificence ce que les imaginations surexcitées par sa construction avaient attendu. Elle innovait surtout à tous les degrés : conception, exécution, décoration. Certes depuis Constantin l’art byzantin « se cherchait » si l’on peut ainsi dire. Mais la basilique primitive avec son portique extérieur, ses trois nefs, son plafond de bois ou ses charpentes apparentes ne conduisait que bien indirectement aux splendeurs prochaines. Et quant à prétendre trouver en Asie la source des inspirations qui provoquèrent l’élan byzantin, cela ressemble un peu à cette assertion que le fronton du Parthénon fut conçu en regardant les monts qui dominent Athènes. Qu’importent ces recherches ? Ici et là le génie se révèle et le génie n’a pas besoin qu’on lui découvre des parentés. Par contre il laisse toujours derrière lui une progéniture ; celle-ci fut innombrable. De St-Marc de Venise au Kremlin de Moscou, la descendance artistique byzantine a engendré des merveilles qui rivalisent entre elles par la légèreté des structures, l’originalité des équilibres et la somptuosité des revêtements.

La tragédie byzantine présente, comme la tragédie chinoise, cette particularité de se diviser en actes successifs entre lesquels s’étendent de lents et confus entr’actes. Mais en Chine les actes se ressemblent ; il s’agit toujours du même objet : la réfection de l’unité nationale périodiquement brisée. À Byzance, au contraire, une extrême variété s’y révèle. Nous avons vu Justinien s’essayer à restaurer le passé politique romain ; nous allons voir les empereurs qu’on nomme « iconoclastes » donner la première formule du modernisme religieux. Entre les deux époques l’intervalle est considérable, près d’un siècle et demi (565-717). D’abord tout va mal : la liquidation de l’œuvre de Justinien est laborieuse. Justin ii son neveu s’y emploie puis l’empereur Maurice impopulaire parce qu’il a le courage d’être économe. La succession est irrégulière. Héraclius fils du gouverneur de l’Afrique règne de 610 à 641. C’est un glorieux combattant. Il écarte le péril perse mais le péril arabe maintenant formidable a raison de sa valeur. Des conquêtes de Justinien, il ne reste plus guère. Les deux tiers de l’Italie sont tombés dès 568 aux mains des Lombards. Voici les