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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/12

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L’ÉGYPTE

Hérodote a d’un mot charmant caractérisé la terre égyptienne en disant qu’elle était un « présent du Nil ». Mais il ne faudrait point mésestimer le laborieux effort à l’aide duquel ce présent fut mis — et maintenu — en valeur. Maspero évoque judicieusement les caprices du fleuve primitif, ses débordements improductifs, les marécages et les bourbiers auxquels il donnait naissance. Peu à peu, les habitants, dit-il, « apprirent à régler leur fleuve, à l’endiguer L’Égypte sortit de la boue et devint dans la main de l’homme une des contrées les mieux appropriées au développement paisible d’une grande civilisation ».

Le terme « paisible » définit bien l’idéal égyptien et la tendance générale d’un peuple qui, ayant aménagé le sol sur lequel le destin l’avait fixé, dirigea toutes ses ambitions vers la réalisation d’un équilibre heureux de la famille et de l’État — et dont les chefs se dévouèrent passionnément à leur tâche administrative et ne guerroyèrent le plus souvent que par nécessité. Ce pacifisme éclairé procura à l’Égypte une remarquable stabilité sociale et politique mais faillit à diverses reprises compromettre sa sécurité.

D’où venaient les premiers habitants de l’Égypte, combien leur fallut-il de siècles pour rendre le pays habitable et jeter les bases de sa future prospérité, quand et comment s’introduisit l’écriture hiéroglyphique ce sont là des problèmes sur lesquels il ne nous est pas encore permis de nous prononcer mais il paraît certain qu’originaire de l’Asie ou de l’Afrique, la race nationale (qui se rapproche des plus belles races blanches de l’Europe ou de l’Asie occidentale) parlait, dès l’an cinq mille avant notre ère, une langue unique rappelant à la fois le berbère et les langues sémitiques ; peut-être cette langue s’arrêta-t-elle dans son développement en s’isolant alors que les autres continuaient d’évoluer ; ainsi s’expliqueraient l’analogie et les divergences notées par les philologues. En ce même temps, les traits essentiels de la civilisation égyptienne s’accusaient déjà. Attaché à la vie qui maintenant lui souriait, l’homme se montrait anxieux de la prolonger en assurant la survivance de l’âme matérialisée qui « doublait » son corps ; un