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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/111

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histoire universelle

naliste et religieuse. Dès alors, se nouent les problèmes qui ont rendu — et, de nos jours, continuent de rendre — ardue et délicate la tâche de tous les gouvernements espagnols.

Le régionalisme semble avoir, en Espagne, été préparé par la nature. Au centre sont de hauts plateaux que bordent ou séparent des montagnes abruptes et sèches ; dans l’angle nord-ouest s’étendent une région des plus accidentées et vers le sud, des plaines d’une délicieuse fertilité ; partout d’âpres contrastes, des oppositions de climat inattendues, telle est la péninsule ibérique ; rappelant fréquemment les terres de l’Atlas, elle apparaît plus africaine qu’européenne et plus atlantique que méditerranéenne. Surtout elle incite à des existences séparées, à des mœurs différentes les peuples cantonnés sur son sol. Aux Ibères, race primitive que nous connaissons mal, s’adjoignirent successivement des éléments phéniciens, romains, germaniques, grecs — et enfin arabes. Les Wisigoths eurent à conduire de longues guerres — de ces guerres de surprises et sans suite comme les pays de montagne les suggèrent. Débarrassés des Vandales, ils furent en butte aux attaques de peuplades ibères demeurées irréductibles (et dont les Basques, par exemple, seraient des descendants) ; ils bataillèrent également contre les guerriers suèves et alains dont nous parlions plus haut. De ces derniers peu nombreux ils eurent plus aisément raison. Mais le roi Léovigilde (569-586) qui commença de les abattre se trouva aux prises d’autre part avec une guerre civile conduite par son propre fils et celle-là avait une origine religieuse.

Les barbares dont nous étudions en ce moment les établissements n’étaient plus des païens. Ils étaient arrivés d’orient déjà convertis au christianisme mais ils l’avaient été à un moment où dominait l’influence du célèbre Arius. Dans la longue série des hérésies que nous verrons se succéder quand nous étudierons l’histoire byzantine, celle d’Arius dépasse de beaucoup toutes les autres en importance. Dirigée contre le mystère de la Trinité, elle simplifiait considérablement le dogme chrétien et le rendait par là plus accessible à la mentalité des incultes. Arius embarrassait les docteurs par son fameux argument : si le Père a engendré le Fils, c’est donc que le Fils n’a pas toujours été ; donc le Fils n’est pas éternel ; donc il n’est pas Dieu. L’arianisme s’adressant au bon sens des masses, devait les séduire. Ainsi s’expliquent sa diffusion très rapide et la lenteur de sa disparition. En vain le concile de Nicée (325) l’avait-il condamné ; parmi les évêques qui avaient consenti à cette condamnation, beaucoup, semble-t-il, inclinaient