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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/94

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histoire universelle

s’attaquer aux Romains par qui il connut finalement la défaite, son œuvre n’eût point vécu. Et s’il s’attaqua à eux, c’est justement qu’il était malgré tout un souverain méditerranéen, que seule la politique méditerranéenne l’intéressait, que seuls ses sujets méditerranéens retenaient vraiment son attention. À voir agir Antiochus, on apprécie encore mieux le génie d’Alexandre, sa hauteur de vues, son jugement rapide et la façon dont il sut devenir persan sans cesser d’être hellène. À aucun moment les Séleucides ne s’élevèrent à une pareille conception.

Or la Perse vivait toujours avec ses vertus, sa noblesse d’âme et partie de sa vigueur. Mais elle était désemparée et n’avait point de conducteur. Les Perses avaient respecté le pur hellénisme alexandrin quand il s’était présenté à eux avec ses lauriers scintillants mais comment n’eussent-ils pas repoussé celui de l’époque séleucide, vicieuse et corrompue. Belle occasion pour les chefs parthes de se poser en vengeurs de la civilisation iranienne méconnue. De cette civilisation ils n’avaient que le vernis mais leur zèle ne s’en afficha qu’avec plus d’emphase. Ils firent agréer leur pouvoir plus ou moins spontanément et, forts de cette adhésion, surent reconstituer l’ancien patrimoine persan en y ajoutant même la Mésopotamie. Ainsi s’établit la dynastie parthe dite des Arsacides du nom d’Arsakès son initiateur. Lorsque Seleucus iv et Antiochus iv Épiphane eurent définitivement affaibli la puissance séleucide en usant leurs forces dans une tentative obstinée d’hellénisation de l’Égypte et de la Palestine (les deux seuls pays que l’hellénisme ne réussit jamais à entamer sérieusement) les Arsacides restèrent maîtres du sol iranien et libres d’y jouer le rôle esquissé jusque là par leurs premiers actes. S’ils avaient eu la valeur, le vouloir, l’intelligence, ils eussent pu gagner la partie. Mais en vain prirent-ils des noms persans, en vain honorèrent-ils les Achéménides comme leurs propres ancêtres, le peuple perse conserva vis-à-vis d’eux une réserve, un éloignement significatifs. Leur marquant qu’il ne voulait en eux apercevoir que des usurpateurs, il s’enferma dans ses souvenirs et ses espérances et y demeura comme muré.

Les périls extérieurs étaient redoutables et multiples. C’étaient au nord-est les Tokhares dont nous avons déjà parlé et qui menaçaient la Bactriane dont ils finirent par s’emparer après y avoir détruit le royaume indo-grec. De là leurs ravages s’éten-