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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/87

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empires de l’ouest : chaldée

Salmanazar ii (885-825) reprirent la série des conquêtes assyriennes vers le nord et l’ouest. Enfin Teglatphalasar iii (745-726) tourna ses armes contre Babylone et, vainqueur, annexa toute la Chaldée. Sous Sennacherib (705-681), le même qui assiégea Ézechias dans Jérusalem, la domination assyrienne s’étendit à l’Arabie. Assarhadon qui vint ensuite (681-667) pénétra en Égypte. Quant à Assurbanipal (667-625) il prit et pilla Suse. Ce fut pour l’antique royaume d’Élam la suprême catastrophe ; il ne devait plus s’en relever.

On oppose fréquemment les Assyriens aux Chaldéens. C’est commettre une erreur. Les Assyriens sont à la Chaldée ce qu’est l’étrange et tragique fleur de l’aloès par rapport à la plante d’où elle sort et qu’elle épuise en s’épanouissant. L’assyrianisme est issu directement de la science et de la philosophie chaldéennes, de leur réalisme volontaire et dur. Les rois de Ninive ont mis en action les tendances de la civilisation chaldéenne et les ont poussées à l’extrême. Ils n’ont eu aucun dessein sinon de dominer, aucune politique sinon de terroriser ; pour mieux y parvenir, ils ont inventé le dieu national, exclusif, que son peuple élu réjouit et honore en massacrant et en exterminant les autres peuples. Ils ont été les créateurs de ces nationalismes exaltés qui, sous des formes atténuées, subsistent encore dans le monde moderne et qui s’appuient sur une sorte de confiscation de la Providence à leur profit. Mais Assur — le premier des Jéhovahs militaristes — ne semble point avoir d’éternité pour se satisfaire. Il est passionnément attaché à la terre, aux richesses, aux pompes, à toutes les passions terrestres. Aussi jamais ces passions ne se sont elles déchaînées avec une violence plus magnifique et plus hideuse à la fois qu’autour des souverains ninivites. Le luxe, la cruauté, la débauche portés au maximum, le sang et l’or se gorgeant l’un de l’autre, aucune morale, aucun doute, aucune inquiétude, aucun sentiment de pitié, tous les moyens jugés bons pour arriver au but, pour se donner à soi-même et donner aux autres l’impression d’une supériorité écrasante et inégalable ; et parce que la science et l’art peuvent aider à assurer cette supériorité, les voilà à leur tour asservis et forcés de travailler au triomphe d’Assur. L’art est pesant, flamboyant dans l’ornementation ; la polychromie s’y montre audacieuse ; la massivité des formes vise au colossal et parvient souvent à la beauté. Les paysages reproduits sont défectueux car il n’y a nul sens de perspective. L’homme est toujours vu de profil avec l’œil taillé dans le nez et ce « regard d’épervier » qui dut être celui de la race.