Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/75

Cette page a été validée par deux contributeurs.
57
empires du sud : inde

en une force nouvelle : confédération, empire ou simple compagnie commerciale, peu importait la forme du pouvoir pourvu qu’il existât. Et ce fut fait. Dupleix eut une armée, une diplomatie, tout un gouvernement. Durant quatorze années (1741-1756) il fut le maître du Dekkan et l’arbitre de l’Inde. Mais les intrigues ourdies à Paris où régnait le triste Louis xv aboutirent à son rappel. Persécuté et ruiné, il devait y mourir en 1763 l’année même où la France, signant la paix avec l’Angleterre, déclarait renoncer à toutes prétentions sur l’Inde. On imagine volontiers que la domination anglaise dans la péninsule s’est consolidée à cette date et à la suite de cet événement. C’est une erreur. Dupleix écarté, restaient ses alliés, les Mahrattes. Les Mahrattes, forcés par une coalition de l’émir d’Afghanistan et des princes musulmans d’évacuer Delhi qu’ils avaient pris, un nouvel adversaire surgit. Haïder Ali devenu sultan de Mysore menaça Madras tandis que les Mahrattes bloquaient Bombay ; peu avant, un rajah du Bengale s’était emparé de Calcutta. Les affaires de la compagnie britannique n’étaient guère brillantes ; les directeurs se disputaient sans cesse avec leurs agents, et contre ceux-ci se tramaient à Londres des intrigues semblables à celles qui avaient perdu Dupleix. Ils n’étaient d’ailleurs point aisés à défendre. Macaulay a écrit que « leur seule préoccupation était d’extorquer aussi vite que possible deux ou trois cent mille livres » et il conclut qu’à ce moment « le mauvais gouvernement des Anglais atteignit un degré qui semble incompatible avec l’existence même d’une société ». Une terrible famine (1770) acheva de vider la caisse et de mécontenter les indigènes. L’influence française vivait toujours. Au souvenir admiratif que l’on gardait de Dupleix ne se mêlait aucune rancune et beaucoup d’officiers français entrés au service des rajahs commandaient leurs armées. Dès qu’on sut la France alliée aux Américains contre l’Angleterre, la guerre reprit dans l’Inde. Haïder Ali s’entendit avec ses voisins et dressa contre la domination britannique les deux tiers de l’Inde. La bataille de Conjeveram (1779) fut pour les Anglais une défaite complète. Bientôt apparut l’escadre française commandée par le fameux Suffren (1782) ; ses victoires suivies du débarquement d’un corps expéditionnaire laissaient entrevoir le triomphe prochain de la coalition franco-hindoue quand la signature de la paix de Versailles (1783) vint arrêter les hostilités. L’Inde anglaise était sauvée. Elle le dut d’ailleurs pour une large part à l’énergie et à l’intelligence de gouverneurs tels que Clive et Warren Hastings qui surent préparer les voies de l’avenir en réalisant au profit de leur patrie