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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/71

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empires du sud : inde

finalement une force nouvelle. Elle avait encore ses foyers et sa sève. Tous ces royaumes, en somme, étaient gouvernés par des étrangers qui ne savaient pas le sanscrit. L’indépendance des Brahmanes trouvait dans un tel fait une grande sécurité ; elle put s’exercer fructueusement. Puis il restait au centre du Dekkan des États hindous : surtout l’État de Vijayanagar fondé en 1335 et qui, deux siècles durant, tint tête opiniâtrement aux musulmans. Lorsque la ville de Vijayanagar fut enfin réduite par eux (1565) et que ses merveilleux monuments ne furent plus qu’un amas de ruines propres à susciter autant d’admiration que de regrets, les autres peuples dravidiens ne se sentirent point résignés à la défaite. Le xviiime siècle devait les trouver de nouveau en pleine révolte. Pendant ce temps la fortune matérielle de Surate et des autres villes du littoral grandissait. De puissantes fortunes privées s’y édifiaient. Les marchands servaient de prêteurs aux princes voisins ; ils y gagnaient influence et considération. À l’autre bout de la péninsule, le Bengale et l’Orissa, la « serre chaude » de l’Inde, bien qu’aux mains des musulmans, continuaient de pourvoir à une floraison intellectuelle et religieuse intensive. Puri était le principal sanctuaire de l’irrédentisme hindou et bientôt allait retentir des appels du grand réformateur Çaitanya prêchant un ascétisme mystique… ainsi l’Inde n’était point domptée ; elle ne le serait jamais.

vi

Baber était turc d’origine mais il suffit de lire ses étranges mémoires pour constater son degré d’iranisation et admirer à la fois la réceptivité de l’individu et la puissance de pénétration de la culture persane. Baber avait beau descendre à la fois de Gengis Khan et de Tamerlan — ce qui le glorifiait d’ailleurs aux yeux des asiatiques du centre pour qui ces conquérants malgré leurs cruautés demeuraient auréolés — il ressemblait, nous dit-on, « à quelque seigneur d’Ispahan ou de Chiraz aux yeux méditatifs, à l’élégance aristocratique ». Possédant à la fois le bon sens, la méthode et l’activité nécessaires à un fondateur d’empire — philosophe d’autre part, tolérant, d’esprit libre, fin et juste — poète enfin, écrivain d’une délicatesse presque moderniste, Baber débuta dans la vie d’une façon romanesque. La principauté dont il avait hérité dans le Turkestan lui ayant été ravie, il se trouva un moment réduit au rôle de chevalier errant. Il entreprit alors de refaire sa fortune dans le pays dont