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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/60

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histoire universelle

deux mille cinq cents ans avant lui. Et, qu’il soit ou non panthéiste, qui ne lirait avec émotion ces strophes admirables : « De même que des milliers d’étincelles jaillissent d’un feu brûlant dont elles ont la nature, de même les âmes individuelles sortent de l’Être immuable et y retournent. — Comme les gouttes de pluie viennent individuellement des mers et y rentrent, les âmes rentrent en Toi une à une à la dissolution des mondes. » Chez certains mystiques enfin, l’ascétisme et l’extase s’exaltèrent jusqu’au déséquilibre absolu. Quant à la doctrine de la réincarnation, de la métempsycose, elle se répandit sans doute d’abord chez les deshérités à qui elle apportait l’espoir d’une sorte de revanche de leur vie misérable et il est probable qu’elle était d’origine dravidienne car la base en est anti-aryenne. Il est vrai que les Aryas étaient maintenant bien éloignés de leurs conceptions premières. Demeurés dominants par le nombre mais déjà quelque peu fusionnés avec les autres races, la nature les avait modifiés grandement. Bruns foncés avec les yeux fendus sous les longs cils, intelligents mais de caractère affaibli, à la fois endurants et paresseux, lascifs, à l’occasion perfides et cruels, ils s’annonçaient mieux doués pour la philosophie, l’art et la poésie que pour les sciences exactes.

Dans la plaine du Gange, des royaumes s’étaient fondés qui avaient empiété sur le Dekkan et contribué à mêler çà et là les civilisations aryenne et dravidienne. Entre l’absolutisme gouvernemental des souverains et l’orgueil intransigeant des Brahmanes, des conflits avaient surgi. Mais sur toute cette société hindoue à l’aube de ses somptueuses et tragiques destinées et au sein de laquelle s’esquissaient les contrastes violents et les complexes exaltations pesait déjà la désespérance secrète où a continué de s’alimenter depuis lors un intellectualisme inquiet et frémissant.

ii

Alors intervint le Bouddhisme. Siddharta, dit Çakia Mouni (557-477) était le fils d’un prince de Kapilavastu, localité sise sur les frontières du Népaul au nord de Bénarès. On a dit qu’« au spectacle de la douleur universelle un désenchantement profond s’empara de lui ». Ces mots expliquent et résument son cas. À vingt-neuf ans, il renonça au monde et se retira à Ourouvela au sud de Patna. Ce n’était point un fait inhabituel. Parallèlement à l’agitation anti-brahmanique se manifestaient volontiers, surtout en haut lieu, des aspirations ferventes. Bien des ermitages se