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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/58

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histoire universelle

et la partie de la Perse sise au pied du Caucase[1]. Et quant à l’époque à laquelle les Aryas auraient pénétré dans l’Inde, l’écart entre les appréciations n’est pas inférieur à neuf cents ans. Pour les uns ce serait vers l’an 2000 av. J.-C. ; pour les autres, vers l’an 1100 seulement.

Ils y pénétrèrent par le Penjab où ils séjournèrent longtemps. Le Penjab a joué pour les envahisseurs successifs de l’Inde le rôle de vestibule d’acclimatation. Il les a préparés aux effrayantes intempérances de la vallée du Gange. Les Aryas semblent avoir longtemps répugné à en sortir. Mais le Penjab était devenu trop restreint. Ils s’y trouvaient trop à l’étroit. Ces hommes grands, forts, de teint clair, le visage rasé sauf la moustache, vêtus de leurs tuniques de laine ou de lin, attachés au travail agricole, avec leur organisation familiale basée sur la monogamie et le rôle élevé et libre de la femme, avec l’équilibre de leur mentalité, la tranquille bienveillance de leurs mœurs et leur religion simple et pure durent se trouver étrangement dépaysés au contact de ces régions inquiétantes où la nature elle-même semble en proie à de monstrueuses incartades. Le brûlant soleil, les orages de la mousson, la crue prodigieuse des fleuves, n’était-ce pas propice à la conception d’une foule d’êtres surnaturels, hostiles à l’humanité ?

Pourtant, il n’y eut d’abord chez ces Aryas transplantés ni temples ni idoles. L’ébranlement de la pensée religieuse ne s’en révèle pas moins émouvant et profond. Les Védas qui sont les recueils sacrés de ce temps ne nous intéressent pas seulement en ce qu’on y peut suivre la transformation de l’ancienne langue aryenne en sanscrit mais en ce qu’à travers tant de choses incompréhensibles, il y jaillit çà et là d’étonnantes fulgurations. Quel doute et quelle inquiétude dans ces lignes du Rig-Véda ! « Il n’y avait à l’origine ni l’Être ni le non-Être, ni l’atmosphère ni le ciel qui est au-dessus Qu’est-ce qui se meut ? En quel sens ? Sous la garde de qui ? Qui sait d’où vient le monde et si les Dieux ne sont pas nés après lui. Si le monde a été créé ou non, Celui qui veille du haut du ciel seul le sait ; et encore le sait-il ? » Rapprochez cela des conceptions religieuses des Aryas de l’Iran à la même époque ; la différence est aussi grande qu’entre l’eau d’un bassin limpide et celle du torrent qui roule de la terre et des rochers. Sans doute ce pessimisme découragé reflète la pensée de l’Arya cultivé. Dans le peuple, l’idée de l’Être suprême s’efface

  1. Une autre théorie les suppose originaires des rives de la Baltique.