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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/54

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histoire universelle

se partageaient alors la péninsule coréenne : l’un situé au nord-ouest, les deux autres au sud : ces deux derniers tombèrent sous la suzeraineté japonaise. Cette suzeraineté toutefois restait précaire et puis elle ne semblait pas suffisante aux bénéficiaires qui eussent souhaité l’étendre à toute la Corée. De là, deux siècles durant (287-452), six expéditions successives sans résultat définitif. La Chine de son côté s’alarmait en voyant le prosélytisme bouddhiste des souverains coréens servir à les rapprocher des Japonais qu’ils s’employaient à convertir. Yang Ti en 612 envahit le royaume du nord-ouest mais il échoua et la retraite de son armée se mua en désastre au passage du fleuve Yalm. L’année suivante, il revint à la charge et son échec ne fut pas moins complet. Enfin en 660, à la faveur d’une guerre civile qui mit aux prises les trois royaumes coréens, la Chine put intervenir plus efficacement. Les Japonais accourus aussitôt furent forcés de se rembarquer (663) ; cinq ans plus tard, les deux tiers de la Corée se trouvaient annexés à la Chine. Mais en 677 la Chine rétablit elle-même l’unité coréenne sous son protectorat au profit d’une dynastie locale.

Les Japonais épièrent longtemps des occasions de revanche. Hideyoshi s’y essaya. La prise de Séoul par les Japonais en 1592 marqua la première manche d’un duel que la résolution des deux adversaires annonçait fort sérieux. L’année suivante, les Chinois gagnaient la seconde manche en obligeant leurs ennemis à évacuer Séoul. Le conflit final éclata en 1597 mais la mort de Hideyoshi laissa la Chine en possession de la Corée sur laquelle son protectorat plus ou moins effectif devait s’exercer jusqu’en 1895. À cette date les rapides victoires du Japon sur la Chine amenèrent la signature du traité de Shimonosaki par lequel la paix fut établie entre ces deux puissances. La Corée en était le prix. Le Japon qui obtenait en outre Formose et les îles Pescadores devenait le « protecteur » de la Corée. La Chine lui cédait encore la presqu’île de Liao Toung que seul le fleuve Yalm sépare de la Corée et qui, à certaines époques historiques, dépendit d’elle. C’est alors que sur le « conseil amical » de la Russie, de la France et de l’Allemagne, les Japonais se trouvèrent forcés d’abandonner cette portion du territoire chinois dont les trois puissances prétendaient sagement maintenir l’intégrité. Mais trois ans plus tard (1898) l’Allemagne obligeait la Chine à lui « céder à bail » à elle-même Kiao-Tcheou qui commande le fertile Chan Toung et fait vis-à-vis à la Corée ; et elle incitait la Russie à s’installer par le même procédé dans cette presqu’île de Liao Toung dont leurs efforts