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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/52

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histoire universelle

et close sans horizons et sans fécondité. Seulement comme le présent était dépourvu d’intérêt, tous les esprits se tournèrent vers le passé. Les samouraïs inoccupés fouillèrent dans leurs archives de famille afin de se dresser de prestigieux arbres généalogiques. Les historiens cherchèrent à s’orienter à travers le maquis des guerres civiles et des compétitions féodales. Les philosophes s’employèrent à retrouver, sous les constructions bouddhistes, le vieux sol shintoïste. D’une façon générale il y eut révulsion contre les influences hindoue et chinoise et l’on se concentra de plus en plus autour de ce qui était national. L’élite guidait le mouvement ; la foule suivait plus ou moins consciemment.

À force d’étudier le passé, le désir vint d’un avenir meilleur, d’une vie plus intense, d’un rôle à jouer plus important et plus digne de la nation. Tout cela se dessina très lentement au cours du xviiie siècle. Quand, en 1853, apparurent les navires étrangers venant réclamer en termes comminatoires la liberté du trafic pour leurs nationaux, il se produisit ce que l’on considéra en Europe comme la brusque explosion d’une xénophobie innée. C’était en réalité tout autre chose : c’était la mise en action soudaine d’une force active emmagasinée peu à peu et qui, libérée, n’allait pas tarder à trouver son orientation et son emploi. De par l’habileté prudente du gouvernement japonais secondé par la bonne grâce et la patience du commodore américain Perry, rien ne sauta ; on sut ouvrir à temps les soupapes nécessaires. Mais l’agitation fut dès lors incessante. Les seigneurs du midi (les Tokugawa s’étaient toujours appuyés sur ceux du nord) se rapprochèrent de l’empereur Komeï et dirigèrent des attaques répétées contre le régime shogunal qui avait déjà perdu toutes les sympathies populaires. De 1860 à 1868 la lutte fut ardente entre « shogunistes » et « mikadistes ». Les premiers parmi lesquels s’étaient rangés les plus puissants daïmos souhaitaient le retour des divisions féodales ; les seconds préconisaient le rétablissement de l’ancienne bureaucratie impériale. Un troisième parti, celui des unionistes, groupa les gens d’opinion plus éclairée et d’ambitions plus hautes. Ceux-là étaient partisans résolus d’une « européanisation » prompte et complète. Ils déclaraient que les démocraties américaine et britannique avaient réalisé le véritable idéal asiatique en sorte que s’y rallier revenait à suivre les traditions : ce qui prouve qu’ils ne connaissaient guère l’Angleterre et les États-Unis et que d’autre part leur « asiatisme » n’était pas absolument pur et ne les qualifiait pas pour parler au nom