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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/51

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empires de l’est : japon

rapproche ce menu fait de celui-ci : ce ne fut que deux siècles et demi après avoir connu les produits des verreries d’Égypte et de Syrie que les Chinois se mirent à en fabriquer, on a un contraste qui fait saisir assez bien les tempéraments opposés des deux peuples chinois et japonais.

Après la mort de Hideyoshi le pouvoir passa aux mains de Jeyasou chef de la famille Tokugawa qui sut établir si fortement le shogunat que, deux siècles durant, il ne devait plus être efficacement porté atteinte aux privilèges de ceux qui en étaient investis. Sous Jeyasou du reste, il n’y eut pas un empereur et un shogun mais plutôt deux empereurs : l’un réduit à son antique rôle sacerdotal, se bornant à présider aux rites des cultes nationaux — l’autre détenant tous les droits effectifs, avec une capitale distincte, Yedo (aujourd’hui Tokyo), un drapeau à lui, une cour et une chancellerie séparées. Jeyasou se préoccupa de régler chaque chose de façon minutieuse. Tout fut ordonné, hiérarchisé ; tous durent obéir. Dans la pensée de ce grand politique une réaction s’imposait contre les habitudes fantaisistes et incertaines qui avaient prévalu aux époques précédentes. Jeyasou crut à la nécessité d’une concentration japonaise, tant au dedans qu’au dehors. Remplacer l’individualisme et la spontanéité par le classicisme et la règle, restreindre jusqu’à presque l’éliminer l’influence étrangère, tels furent les deux pôles de son programme. C’est cela — et non point une intolérance de pensée — qui arrêta net les progrès du christianisme naissant. L’opinion s’y prêta assez volontiers. Sans doute la conduite des Espagnols en Amérique n’y fut-elle pas étrangère. Ce serait une erreur de penser que les tragiques destins de Montézuma et des Incas péruviens ne furent point connus en Asie ; et cela incita les gens d’extrême orient à réfléchir et à se méfier. L’art, lui, ne perdit rien ; encore que certains auteurs nippons déclarent les Tokugawa coupables d’avoir étouffé l’efflorescence artistique « par leur ardeur d’organisation et de discipline ». C’est un jugement que les amateurs européens n’endossent point. Ils considèrent généralement l’époque des Tokugawa comme « l’époque classique de la peinture et de l’estampe ».

Deux cent soixante années de paix suivirent pendant lesquelles s’accumulèrent les forces matérielles et intellectuelles. Non que l’instruction fit de très grands progrès. Jeyasou l’avait rendue obligatoire mais elle ne répandait guère qu’une science immobile