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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/50

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histoire universelle

bénéficiaires de son succès se trouvait un ancien paysan devenu chef de bandes et condottiere, Hideyoshi. On l’a comparé à Bonaparte tant sa carrière eût de lustre dans sa brièveté. Ce qu’il faut remarquer dans le cas de Hideyoshi, c’est son origine toute plébéienne. Il ne s’était pas encore présenté dans l’histoire du Japon qu’un homme parti de si bas montât si haut ni même réussit à se mettre en possession d’un poste supérieur. Or Hideyoshi était trivial et grossier et ne cherchait pas à être autrement. Toutefois pour asseoir vraiment sa fortune, il sentit la nécessité de recourir à un stratagème bien oriental : il se fit adopter par le chef d’une des plus aristocratiques familles du Japon.

La dictature de Hideyoshi dura de 1582 à 1598. Elle fut absolue et ne se voila même pas sous l’artifice d’un titre shogunal. L’empereur régnant continua cependant d’occuper le trône sans que Hideyoshi ait songé sérieusement à l’y remplacer. Mais tous les pouvoirs furent en ses mains. Ses visées étaient principalement continentales. Ce qu’il voulait c’était soumettre la Corée et par elle atteindre la Chine dont il épiait l’état de décadence croissante. Peut-être y eût-il réussi si la mort ne l’avait surpris ; mais à coup sûr le joug japonais ne s’y fut pas maintenu. L’espèce de lassitude un peu insouciante avec laquelle, à certaines périodes de leur histoire les Chinois se sont laissés gouverner par des Mongols et des Mandchous, ils ne l’auraient pas témoignée vis à vis des Japonais trop foncièrement différents d’eux.

Au temps de Hideyoshi — et avant même qu’il eût ouvert la voie à l’épopée — il s’était créé toute une race d’aventuriers marins. Ceux-ci, dès 1523, naviguaient à la façon des pirates sur les mers de Chine, descendant volontiers à terre pour de fructueuses et rapides attaques, fondant aussi des embryons d’établissements aux Philippines, à Formose Ainsi naquirent les colonies japonaises ; il y en eut bientôt jusqu’en Indo-Chine et au Siam. Un autre fait digne d’être noté, c’est la recrudescence d’intérêt qui se manifesta pour le christianisme après le bref mais efficace apostolat de François Xavier (1549-1551). Le célèbre missionnaire fit grande impression sur les seigneurs japonais, et par l’ardeur de sa foi et sans doute aussi par ce qui s’affirmait encore en sa personne d’aristocratique et de guerrier. Au sujet de cette visite on a conté une curieuse anecdote. Un des européens accompagnant François Xavier apporta une arbalète qui intéressa vivement les Japonais. En quelques mois leurs armuriers en eurent fabriqué, d’après ce modèle, plusieurs centaines. Si l’on