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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/49

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empires de l’est : japon

l’adhésion unanime et joyeuse qui saluait son succès, Go Daïgo se figura l’avenir assuré, et la méfiance désormais inutile. Mais le shogunat avait eu le temps de pousser des racines profondes. Ses partisans enhardis se groupèrent autour d’une famille ambitieuse les Ashikaga et la poussa au pouvoir. Ces nouveau venus ne furent point à la hauteur de la tâche qu’ils assumaient. Ils abaissèrent l’autorité morale du souverain la ramenant à son précédent niveau d’effacement et ils ne rétablirent pas pour cela l’autorité matérielle du shogunat. René Grousset rapproche le Japon qui sortit de là de l’Italie telle que la fit vers le même temps la disparition simultanée de l’autorité du pontife romain et de celle du césar germanique. Alors surgit en occident la société compliquée et agitée au sein de laquelle évoluèrent les ruses et les violences des Sforza, des Médicis ou des Borgia. De même s’établit au Japon, entre seigneurs rivaux ce « système d’ambassades, de relations élégantes, d’échanges artistiques, d’espionnage et de trahison » que connut la péninsule méditerranéenne. Machiavel transplanté dans l’archipel asiatique ne s’y fut point senti dépaysé. Des mécènes magnifiques l’eussent accueilli ; il aurait même retrouvé une église casquée et prompte à manier le glaive. Car l’Église bouddhique s’était formidablement enrichie par la générosité des fidèles que la tristesse et l’incertitude des temps incitaient à la piété ; des monastères avaient grandi dont on ne savait plus dire s’ils étaient cloîtres ou forteresses. L’ordre qui possédait les trois mille bonzeries du mont Hieizan près de Kioto disposait d’une armée et d’un budget qui étaient ceux d’un État. Et Osaka se trouvait le siège d’un tiers-ordre dont les dirigeants pouvaient faire figure de puissants princes. Pour compléter la ressemblance, on trouverait à évoquer des « amants de la pauvreté » rappelant à s’y méprendre le doux François d’Assise ; et l’éloquence enflammée du moine Nitchiren fait écho bien étrangement à celle de Savonarole. Pourquoi s’étonner que plus tard le Japon ait su s’assimiler si prestement la politique et les méthodes occidentales ? Le passé l’y préparait.

Nobunaga (1556-1582) mit fin à l’état de choses dont nous venons de tracer la silhouette. C’était un grand seigneur, sceptique, ambitieux à froid, capable de vastes desseins à la manière de Richelieu. Sa position ne fut jamais définie mais, sans titre précis, il exerça durant seize années une dictature dont l’effet fut d’abaisser la turbulente noblesse et de briser la puissance monastique. Parmi les samouraïs groupés par Nobunaga et