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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/47

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empires de l’est : japon

par suite des troubles sévissant dans ce pays, on aurait pu en profiter. Du moins cela se serait pu si les classes supérieures n’avaient point été aussi profondément pénétrés par le bouddhisme ce qui les rendait trop accessibles aux influences chinoises. Maintenant on risquait qu’elles ne se pliassent pas facilement à un retour au simple et pur shintoïsme du début. Était-ce un bien ? était-ce un mal ? On n’aura jamais fini d’en disputer tant le pour et le contre s’opposent. Que, dans le domaine de l’art et des lettres, il soit résulté de grands progrès de l’engouement pour la Chine, nul ne saurait le nier. Mais, d’autre part, le « mélancolisme » bouddhique convenait-il à l’âme japonaise ? C’est très douteux. « Connaître la tristesse des choses » n’était pas pour elle un idéal fécond et les sectes qui répandirent la théorie de la grâce et professèrent que l’homme est trop faible pour rien accomplir de bon à lui seul n’apportèrent peut-être pas à la nation le genre de force morale qu’il eut fallu. Du mysticisme, du décadentisme en résultèrent. Des guerriers vécurent comme des prêtres tandis que des gens de cour, considérant que « l’être parfait doit réunir les qualités de l’homme et de la femme » se mirent à s’habiller, à se parer, à se farder comme des femmes.

Période sans grandes lignes et dont on dut se demander où elle conduisait et ce qui en pourrait sortir. Le souverain était tout à fait impuissant. Il vivait relégué dans son palais de Kioto car la capitale d’abord nomade, puis fixée à Nara (710-784), était désormais à Kioto. L’empereur Ouda Tenno voulut reprendre les rênes du gouvernement ; il fut déposé. Son remplacement par Daïgo (898) marqua le triomphe absolu des Fujiwara. Mais, à leur tour, ceux-ci virent échapper à leur pouvoir les grands barons, les daïmios qui s’octroyaient dans leurs fiefs des libertés de plus en plus grandes et les transformaient en véritables principautés. Entourés de leurs hommes d’armes ou samouraïs, ces féodaux développèrent une chevalerie qui ressemblait comme une sœur à celle d’occident. Pourtant, entre elles, il y avait l’épaisseur de la planète et elles ne savaient rien l’une de l’autre. Mais aux heures analogues de leur évolution, il advient que les peuples font les mêmes gestes et disent les mêmes paroles, s’abandonnent aux mêmes passions et engendrent les mêmes institutions. Parmi les duels et les tournois, exagérant à la fois la bravoure et la courtoisie, les chevaliers japonais préparaient sans s’en douter la guerre civile. Car leurs rivalités jalouses et leurs instincts batailleurs les incitèrent à se diviser en deux camps au service des maisons qui se disputaient le shogunat. Les Fujiwara ayant