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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/38

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histoire universelle

« fils du ciel » par le lettré chinois, conseiller politique de son grand-père Gengis Khan qui avait dirigé ses études. Et somme toute son règne fut un grand règne (1280-1294). S’il échoua dans son ambitieuse tentative pour soumettre le Japon — et de même Java — il imposa son pouvoir au dedans des frontières traditionnelles et y fit prévaloir la sécurité et la paix. Il protégea les lettres, creusa des canaux, multiplia les routes, créa l’assistance publique, développa les services financiers ; sur ce dernier point, il montra d’ailleurs quelque imprudence car la circulation fiduciaire sur la fin de son règne atteignit le chiffre énorme de un milliard huit cent soixante douze millions. La prospérité n’en était pas moins très réelle et solide mais les Chinois en profitèrent en silence, sans se rallier. C’est que tout cela se faisait avec des concours étrangers. Koublaï avait un Persan comme ministre des finances, un Vénitien comme inspecteur, un lama thibétain comme conseiller intime et avec cela des généraux turcs et des ingénieurs syriens. En ce faisant, Koublaï demeurait fidèle à ses traditions familiales. Karakorum la capitale de son grand-père sise au nord de la Mongolie avait été le siège d’un étrange cosmopolitisme. Un moine, en son récit de voyage, ne s’étonnait point d’y trouver établi « maître Guillaume Boucher, orfèvre parisien qui avait demeuré sur le grand pont à Paris » et il arrivait au légat du pape de faire le voyage avec des gens de Prague et de Breslau[1]. Pékin hérita de l’attrait de Karakorum et plus hospitalier, l’accrut fortement. Il vint des savants, des artistes, des négociants de Syrie, de Moscovie, de Pologne, de Hongrie, de Pise, de Venise pêle-mêle avec des Arabes, des Persans, des Hindous, des Siamois.

Quelques siècles plus tôt, la Chine n’y eut point trouvé à redire. Elle n’eut point été choquée non plus de l’éclectisme religieux de Koublaï lequel honorait à la fois Jésus, Mahomet, Moïse et Çakya Mouni « ne sachant lequel est le plus grand dans le ciel ». Mais ces temps n’étaient plus. Raidis dans une intense résistance cérébrale, les Chinois haïssaient maintenant tout ce qui venait du dehors. Ils ne pardonnaient point « l’usurpation » de 1280 ; la dynastie mongole en apparence si robuste avait construit sur le sable.

  1. Vers le même temps un mongol était en France, fournisseur de casques pour les armées de Philippe le Bel et il y avait à la cathédrale de Chartres un simple chantre qui avait parcouru toute l’Asie orientale et était ensuite rentré chez lui. Que ne possède-t-on leurs impressions et réflexions !