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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/37

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empires de l’est : chine

mais combiné pour fonctionner tout seul de façon régulière et silencieuse : belle machine digne d’admiration et que l’intervention étrangère ne saurait désormais que déranger et détraquer. Sans doute il y a des réformateurs, des novateurs ; il y a des socialistes ; il y en a toujours eu quelques uns. Au premier siècle de l’ère chrétienne, un empereur bien intentionné fut assassiné pour avoir voulu, dit-on, établir le communisme. Et voici que, vers 1080, il se trouve des hommes politiques pour préconiser le socialisme d’État et défricher la route qui y mène. Ils fixent le prix des denrées, instituent le crédit agricole, l’impôt sur le revenu et même le service militaire obligatoire tel que la formule s’en imposera à l’Europe huit cents ans plus tard : éphémère tentative, curieuse en ce qu’elle vient d’en haut et s’appuie sur des exposés de forme châtiée et des discours de noble et généreuse allure.

Du système des Sung on a pu dire qu’il « prévoyait tout sauf l’invasion des barbares ». Les avait-on donc oubliées ?… Au début du douzième siècle, les Mandchous conquirent tout le nord jusqu’au Fleuve Jaune (1127). Le gouvernement se retira à Hang Tcheou sans rien changer à ses méthodes et sans que la population s’éveillât de sa tranquille somnolence matérialiste. Après quoi les Mongols de Gengis Khan chassèrent les Mandchous et imposèrent à toute la Chine, en la personne de Koublaï Khan, une dynastie issue de leur grand chef. Le retentissement de cette aventure fut énorme en Asie car c’était la première fois que la Chine entière se trouvait soumise à une domination étrangère. Au nord bien des conquérants avaient passé, éliminés ou assimilés. Jamais ils n’avaient réussi à franchir le Fleuve Bleu. Depuis quinze siècles, la Chine du sud sauvegardait son indépendance. Cette fois après une lutte de vingt années (1259-1279), elle la perdit. Dans son admirable Histoire de l’Asie, René Grousset a dépeint le respect intimidé avec lequel le nouveau monarque prit possession de ce trône dont le prestige dépassait à tel point celui de tous les autres trônes ; la conscience de sa responsabilité historique pesait sur Koublaï Khan qui se sentait devenu le gardien d’une civilisation millénaire. Plein d’une respectueuse mansuétude envers les vaincus, il se fit chinois en quelque sorte, et reprit à son compte la vieille politique de ses prédécesseurs. Il avait d’ailleurs été préparé à ce rôle de