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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/33

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empires de l’est : chine

politique qu’audacieux combattant et qui non seulement restaura dans toute leur plénitude les immenses frontières jadis atteintes par les Han mais les dépassa et surtout les consolida. Ensuite le fait que le grand mouvement bouddhiste qui n’avait cessé de croître, même à travers les temps troublés qu’on venait de traverser, avait mis la Chine en relations suivies avec l’Inde. À côté d’un pèlerin comme Hiouen Tsong qui ne voyageait que mû par des motifs élevés et qui rapporta de sa longue absence, en plus de documents précieux mille observations curieuses, combien d’autres qui, soit pour eux-mêmes, soit indirectement mêlaient l’intérêt commercial à l’intérêt religieux. Ils traçaient en tous cas la route ; sur leurs pas et d’après leurs indications les marchandises suivaient. Et cela d’autant plus intensément que l’ancienne prospérité avait reparu avec l’ordre et la sécurité. La richesse se développait rapidement. Ne vit-on pas des banques émettre du papier-monnaie et des jonques dûment munies de boussoles (quoiqu’on en ait dit) faire un service régulier avec Ceylan et l’Arabie ?

Cette Chine si progressiste n’était ni intolérante ni xénophobe. Les missionnaires chrétiens et islamiques que lui envoyaient Byzance ou la Perse pouvaient prêcher librement. L’oncle maternel de Mahomet vint en 634 mourir à Canton où son tombeau est encore honoré. Les représentants de ces religions lointaines étaient bien traités mais leur apostolat se produisant en pleine ferveur bouddhiste n’avait pas chance d’opérer beaucoup de conversions. C’est bien plus tard, grâce à l’appoint d’émigrants musulmans que l’islamisme réussit à s’implanter dans une certaine mesure.

Le grand bénéficiaire de cette brillante période fut l’art. L’habileté des artistes chinois s’était révélée de bonne heure mais leur imagination restait captive du ritualisme lequel leur imposait des formes toujours identiques et règlementait jusqu’à la décoration des objets sortis de leurs mains. L’art laïque, en somme, n’existait qu’en doublure de l’art religieux. Jusqu’au bouddhisme la peinture fleurit à peine et la sculpture point du tout. Quant à l’architecture, à part les tours (taï) — dont on pense que la mode avait pu surgir jadis d’un contact de hasard avec la Chaldée — et les arcs triomphaux à trois ou cinq portes dressés devant les temples ou les tombeaux, tous les monuments présentaient cette silhouette caractéristique due à l’énorme toiture basse aux bords relevés, ressouvenir lointain des tentes de la steppe. De plus, construits pour la plupart en bois précieux et en briques