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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/30

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histoire universelle

il n’assouvit pas la faim intellectuelle et ne calme pas l’inquiétude qui subsiste toujours au fond de l’âme humaine. Les premiers Han n’ont guère encouragé la pensée. On accuse leur prédécesseur Shi Wang Ti d’avoir fait détruire nombre de livres pour mieux effacer le souvenir du régime qu’il venait lui-même d’abattre. Les grands révolutionnaires ont de ces naïvetés. Mais maintenant l’industrie du papier est née ; l’instrument principal de la propagation des idées se trouve à portée Par ailleurs, les disciples de Lao Tsé ont très lentement mais avec continuité répandu son esprit, développé sa doctrine. Un besoin mystique tourmente les cercles lettrés et il éveille çà et là dans l’âme de la foule des échos inconscients.

Il est probable que, dès avant Jésus-Christ, on avait entendu parler en Chine du bouddhisme comme aussi du brahmanisme et des luttes religieuses dont l’Inde était le théâtre. La légende — une légende fort douteuse — porte qu’en l’an 61 l’empereur Ming Ti fut troublé par un songe qui lui annonçait la venue d’un dieu étranger. Il envoya alors des messagers dans l’Inde d’où ceux-ci revinrent en l’an 67 rapportant des images peintes, des effigies sculptées et surtout des livres saints dans lesquels les prédications de Çakia Mouni se trouvaient transcrites et commentées. La Chine allait s’éprendre de son enseignement six cents ans après qu’il avait été donné et alors que l’Inde s’en détachait. Il faut s’accoutumer à cette lenteur quand on traite des choses de l’Asie continentale ; elle est de règle.

Encore, la faveur impériale ni la conversion personnelle du souverain ne suffirent-elles à déterminer une expansion immédiate du bouddhisme. Il s’infiltra peu à peu. Vers le milieu du iiie siècle seulement commencèrent de se construire en grand nombre des temples et des monastères consacrés à la nouvelle religion. Les temps étaient durs. Sur leur fin les Han avaient vu l’empire unifié par eux se fissurer de nouveau entre leurs mains. Des révoltes éclatèrent, des invasions descendirent de l’Asie centrale. La Chine fut morcelée en trois royaumes se faisant la guerre entre eux ; l’un avait sa capitale à Nankin ; l’autre, son centre dans le Sé-Tchouen ; celui du nord était aux mains d’une horde de Huns qu’au début du iiie siècle les empereurs avaient imprudemment autorisés à s’établir au dedans de la Grande muraille en qualité d’« auxiliaires » et de « clients » de l’empire.