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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/26

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histoire universelle

Malgré cette menace de la nature, la nation naissante réalise une rapide prospérité. Un recensement ultérieur accusera jusqu’à vingt et un millions d’âmes (ixe siècle av. J.-C.). Et déjà le luxe se manifeste avec ses habituels dangers. Le chef du clan le plus puissant régnait sous la qualification de « fils du ciel » (Ti). Ce rang d’abord électif s’était fait héréditaire pour le clan des Hia (2205-1767) puis avait passé à celui des Shang (1767-1122). Les derniers des Hia auraient été prodigues et débauchés. De là l’intervention populaire qui les déposséda. Mais à part le premier d’entre eux, prince sage et vertueux, les Shang n’auraient pas tardé à dévier eux aussi de la ligne droite. Des documents parlent des crimes de Chan Sin et de sa favorite Taki Les tares de ses souverains n’empêchent point cette Chine primitive d’avoir grand air et l’on comprend la ferveur avec laquelle plus tard, en des temps moins heureux, on a souhaité la faire revivre. Trop attachée aux formes, trop inféodée à ses traditions, exclusive mais saine et libre, travailleuse et fière, elle présentait un robuste soubassement propre à porter les constructions futures.

La dynastie Tcheou qui vint ensuite (1122-255) eut à faire face, semble-t-il, à de grands périls. On n’est pas très au clair pour ce qui concerne ces princes, sages peut-être et bons soldats mais de mœurs plutôt primitives. Ce qui est certain c’est que la pression des nomades du centre se fit, de leur temps, redoutable et constante. Comment résister ? Les Tcheou eurent recours à l’organisation féodale. Ils distribuèrent des fiefs à leurs parents, à leurs serviteurs. Des châteaux s’élevèrent de tous côtés. Une hiérarchie nobiliaire se créa. Les possesseurs de fiefs ne tardèrent point à s’émanciper. On connait les noms de cent vingt-cinq véritables principautés, plus ou moins indépendantes en fait sinon en droit ; et il en aurait existé, croit-on, jusqu’à dix-huit cents. C’était l’anarchie obligatoire.

Alors parut Confucius (551-479). L’homme est sympathique ; la doctrine est pauvre. A-t-elle été malfaisante pour la Chine ? Les avis sont partagés mais il y paraît. Fonctionnaire subalterne, puis professeur, un moment premier ministre, enfin philosophe errant, Confucius pourrait être défini : un sage sans horizons. Du sage, il avait la modération un peu solennelle, la bienveillance un peu distante et ce respect de la logique qui, lorsqu’il ne se tempère pas d’un idéalisme teinté de quelque passion, est capable