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les moyens. Elle le supplia et vit qu’elle l’importunait ; elle fit des scènes et sentit qu’elle allait lui devenir odieuse. Déjà, la désunion s’introduisait dans le ménage ; et Mme Rozier était folle de son Achille.

Alors, l’amour donna de l’imagination à cette femme positive. Qu’est-ce qui pouvait donc attirer ainsi les hommes au café ? La compagnie ? Le milieu ? Le décor ? Mais s’ils avaient tout cela au logis, pourquoi n’y resteraient-ils pas ? L’estaminet chez soi. Telle était la question.

Elle essaya de la résoudre. À force de prières, elle décida son Achille à passer quelques soirées à la maison, avec ses camarades, et elle s’ingénia pour qu’ils y trouvassent les voluptés spéciales qu’ils allaient chercher au café. L’appartement subit une transformation radicale. Le meuble de salon fut remplacé par des tables de marbre fixées au sol et par des banquettes de molesquine. Le gaz se substitua aux carcels de famille, et le