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vais sujet qui plaît aux dames. Du vivant même de feu Râpe, la patronne, dans sa prison vitrée, regardait parfois avec bienveillance ce solide gaillard. Veuve, elle le considéra comme un parti très convenable. D’abord, plus besoin de vendre le fonds et de renoncer à des gains légitimes. Le commis était plus jeune qu’elle, soit. Mais l’armoire à glace, la flatteuse armoire à glace, affirmait à la belle droguiste qu’elle pouvait encore être aimée. Et puis, voyons, « Madame Rozier », cela sonnait mieux que « Madame Râpe ». Et c’était la même initiale pour le linge et pour l’argenterie.

Treize mois après l’enterrement du droguiste, où se remarquait une couronne avec cette inscription : « Les habitués du Café du Gaz », la veuve convolait en secondes noces ; et, sur l’enseigne de la boutique, au-dessous de la mention : « Maison Râpe », le peintre en bâtiment eut bientôt fait d’écrire : « Rozier, successeur ».