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ment en sa faveur, cela suffirait pour lui assurer le domaine. Je ne puis donc croire qu’il en existe aucun.

— Mais si le testament existant ne plaisait pas tout à fait à ce jeune drôle, le certificat de mariage de ses père et mère ne suffirait-il pas pour le mettre en possession du domaine et du titre frivole dont vous venez de parler, comme appelé à recueillir la substitution ?


— Sans aucun doute, il lui en donnerait le droit, et je vous remercie de m’y avoir fait songer. Si pourtant sir Wycherly désire à présent faire un nouveau testament, et que sa santé et ses facultés mentales le lui permettent, celui qu’il peut avoir déjà fait ne doit nous occuper en rien. — C’est une affaire très-délicate pour un homme dans sa situation, Monsieur ; et je suis très-charmé de trouver dans cette maison des témoins honorables et d’un rang distingué pour me rendre justice si j’avais à me disculper de quelques imputations malveillantes. Nous courons le risque, sir Gervais, de voir un beau domaine, un ancien domaine, un domaine qui a passé depuis des siècles de père en fils sans tache, tomber entre les mains de la couronne par déshérence, ou de le voir devenir la proie d’un homme d’une naissance illégitime et d’un caractère plus que douteux. La circonstance que sir Wycherly a désiré de me voir a un grand poids pour moi ; mais j’espère, sir Gervais, que vous et vos amis, vous rendrez justice à la pureté de mes intentions. À présent, Monsieur, si vous le jugez à propos, nous nous rendrons dans la chambre du malade.

— Bien volontiers, répondit le vice-amiral en s’avançant vers la porte du petit salon et, s’arrêtant avant de l’ouvrir, il ajouta : — Je crois pourtant, sir Reginald que, même dans le cas de déshérence, vous trouveriez dans les princes de la maison de Brunswick assez de libéralité pour vous rendre ce domaine : ce dont je ne répondrais pas avec ces Écossais errants, qui ont tant de nobles sans culottes[1] à enrichir. Mais je pense qu’avec les Hanovriens vous seriez en sûreté.

— Il y aurait certainement une chance de plus avec ces derniers, répondit sir Reginald en souriant, mais d’une manière si équivoque, que le vice-amiral en fut un moment frappé. — Ils se sont si bien repus au râtelier, qu’ils peuvent ne pas avoir la même voracité que ceux qui jeûnent depuis longtemps. Mais il serait plus agréable de recevoir ce domaine d’un Wychecombe, — de le voir passer d’un Wychecombe à un Wychecombe, que de le tenir de nouveau, même du Plantagenet qui en a fait la concession à un de nos ancêtres.

Ils rentrèrent alors dans le vestibule, à une extrémité duquel le

  1. Allusion au kilt, espèce de jupon tombant jusqu’aux genoux, que les montagnards écossais portent en place de culottes.