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Page:Contes tjames, trad. Landes, 1887.djvu/120

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époux se rendirent à la fête, la femme marchait devant, le mari derrière. La femme parla pendant tout le chemin, le mari la suivait au son de la voix et ils arrivèrent ainsi à la porte de l'enclos de leur hôte. La femme se mêla dans la foule des assistants et l'aveugle ne sut ce qu'elle était devenue. Il alla dans la cour, à l'endroit où l'on faisait cuire le buffle et où il entendait parler. Ceux qui étaient là lui dirent d'aller sur l'estrade avec les autres. Non, dit-il, mes principes veulent que je vous aide. Je vais vous entretenir le feu, visiter la cuisine [1]

Les gens qui faisaient cuire le buffle le prirent par la main et le menèrent jusqu'à l'estrade. Là il se mêla à la conversation et personne ne s'aperçut qu'il était aveugle.

L'on mit sur la table un plateau de riz et la viande de buffle. Les autres mangèrent d'abord le riz, mais lui prit du bouillon et du ragoût et les jeta sur son riz. Les gens lui voyant faire cette mixture lui dirent : Pourquoi cette étrange façon de manger ? Il répondit : Dans un moment, ne se mêleront-ils pas tous dans le ventre ? Tous dirent qu'il avait raison. En réalité, il ne savait pas ce qu'il avait pris. En attendant il se gorgea de viande de buffle à en crever et cela lui rendit la vue.

Il était extrêmement joyeux d'avoir recouvré la vue, mais quand il s'agit de s'en retourner il ne savait où était sa maison et n'aurait pu reconnaître sa femme. H demanda donc du vin au maître de la maison et en but une tasse. Il n'était pas ivre, mais il fit semblant de l'être et se mit à plaisanter avec les jeunes filles et à dire des injures à leurs mères. Sa femme le voyant gris vint le prendre par la main et le ramena à la maison. Ce fut ainsi qu'il connut sa femme et ses beaux-parents.

  1. Le texte présente ici une lacune.