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L’AVARE


C’était l’hiver : la neige, semblable au drap mortuaire d’une jeune vierge, couvrait le sol ; la bruyère et les champs étaient assoupis : tout dormait… Mais ce sommeil était si calme, si plein d’espoir d’un joyeux réveil, que la vue même de cette monotone absence de la vie faisait battre le cœur ému par un bonheur indéfinissable.

Et c’était naturel ! Dans l’azur sans tache du ciel resplendissait un beau soleil d’hiver qui inondait de lumière la nature endormie. L’immense tapis de neige semblait parsemé de milliers de perles étincelantes ; car chaque flocon reflétait la brillante image de l’astre du jour, et il en résultait un rayonnement si splendide qu’on eût dit la neige même animée d’une vie et teinte de couleurs à elle propres.