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les autres, les conditions d’un pacte commun fait entre des hommes. Chez les uns, l’objet des formes légales est que la volonté du maître soit accomplie, chez les autres, que la liberté des citoyens ne soit pas opprimée. Chez les uns, la loi est faite pour celui qui l’impose, chez les autres, pour celui qui doit s’y soumettre. Chez les uns, on force à la craindre, chez les autres, on instruit à la chérir : différences que nous retrouverons encore, chez les modernes, entre les lois des peuples libres, et celles des peuples esclaves. On verra enfin que dans la Grèce, l’homme avoit du moins le sentiment de ses droits, s’il ne les connoissoit pas encore, s’il ne savoit pas en approfondir la nature, en embrasser et en circonscrire l’étendue.

À cette époque des premières lueurs de la philosophie chez les Grecs, et de leurs premiers pas dans les sciences, les beaux arts s’y élevèrent à un degré de perfection qu’aucun peuple n’avoit encore connu, qu’à peine quelques-uns ont pu atteindre depuis. Homère vécut pendant le temps de ces dissentions qui accompagnèrent la chute des