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Depuis que la douleur est entrée dans ma vie je n’avais pas ouvert mon cahier, quand je l’ai pris hier c’était pour le détruire avec mes lettres. Avant de les jeter au feu, j’ai voulu le relire et il m’en reste une impression d’une profondeur étrange. Que ce passé encore si proche me semble loin… détaché de moi

Les dernières lignes sont du 20 septembre. C’est la nuit suivante que mon père fut pris du mal qui nous l’a enlevé. Chose étrange, dès le premier instant j’eus l’intuition que la maladie serait mortelle. Il tâchait de me dissimuler ses souffrances, il restait aimable, il était souvent gai, mais rien ne me rassurait.

Avec quelle anxiété, j’épiais chez lui quelque signe de foi. Quels reproches je me faisais pour n’avoir pas su l’arracher à son indifférence !

C’est pendant ces jours si douloureux que j’ai appris à prier. Sans cette prière intense, incessante, je n’aurais pu supporter mon angoisse. Dieu semblait ne pas m’entendre. Mais qu’il m’a magnifiquement exaucée…

Et comme la douleur nous change, nous éclaire, nous fortifie. Je n’avais pas le courage de la vraie vie chrétienne. J’y voyais des rigueurs, des ennuis, des contraintes insupportables, et voici que je me prépare avec calme à la vie religieuse.