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— Sachez-le, je ne renonce pas à mon espoir le plus cher. J’ai foi en ma volonté ; elle est plus forte que la vôtre.


* * *


20 juillet.

Longue promenade, ce matin, avec mon père. Comme il tâchait en vain de m’égayer je lui avouai que je souffre parce que je ne vis pas comme je crois, que je ne suis pas ce que je devrais être.

Il rit doucement et répondit :

— Tu es la grâce, la joie de la famille. Cela me suffit. Chasse bien loin ces scrupules — toutes tes idées de l’autre monde. La vie n’est douce qu’à ceux qui l’effleurent.

— Pardon, lui dis-je, la vie n’est douce qu’à ceux qui ont la paix de l’âme et si j’avais plus de courage, je vous demanderais la permission de faire une retraite.

— Je te défends même d’y songer, dit-il avec autorité. Je ne veux pas d’une nonne laïque. Faire une retraite… Ce qu’il te faudrait, ma fille, c’est l’amour. Ton cœur dort. Aucun de tes amoureux n’a su encore se faire aimer. Mais j’espère que tu ne manqueras pas ta vie.

Rien à faire pour le moment. Et je crois que j’en suis contente. Il est terrible d’entrer dans les ténèbres de sa conscience. Je redoute la lumière. Quiconque se regarde, paraît-il,