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cette heure terrible, il m’apparaît comme un homme surpris par la nuit qui s’agiterait pour rallumer un flambeau éteint.

Oh, sa peur du noir ! Ce souvenir me poursuit, souvent encore j’en frémis toute.

Quand le prêtre arriva, M. Durville ne respirait plus. Mais depuis qu’il est reconnu que la vie persiste après la mort apparente, on donne les sacrements à ceux qui viennent d’expirer. Tant qu’il reste une parcelle de vie, le prêtre peut absoudre et purifier. Pendant que M. le curé faisait rapidement les onctions sur ce pauvre corps où l’œuvre de la mort était si près d’être consommée, le poids qui m’écrasait le cœur s’allégea. Je respirai. Nous étions tous fortement émus. Moi plus que les autres peut-être, car c’était la première fois que je voyais mourir.

J’aurais voulu rester auprès du corps jusqu’à ce qu’on l’emportât. Mon père ne le permit point.

Avant de quitter la chambre, je levai le drap qui couvrait le visage du mort, je le regardai longuement et je le sentis si loin… si autre… Qu’est-ce que notre vie ?… Oh, l’insondable mystère de tout !… Ces durées incalculables… ces espaces infinis… « Me voilà sur la terre comme sur un grain de sable qui ne tient à rien. »