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bibée de l’esprit du monde pour aller facilement aux austères exigences de la vie chrétienne, mais il me semble que je ne pourrai plus être la frivole créature que j’étais.

C’est une chose grande que de comprendre qu’on a une âme immortelle. Je l’éprouve et je songe souvent à ces régions éternelles où je dois vivre à jamais. Je n’ai personne avec qui parler de ces graves sujets. Une conversation là-dessus avec M. Osborne me tenterait s’il n’était rongé par le doute.

M’aime-t-il vraiment ? J’espère que non et qu’il ne souffrira guère. Je lui conviens, je lui plais, mais une autre lui plaira autant. Et entre nous, il y a tant d’idées qui séparent. En fait de pensées, de souvenirs, de vues, de craintes, d’espérances, qu’avons-nous en commun ?

Je lui reconnais beaucoup de distinction, une réelle valeur. Il a l’âme robuste et haute. Sa recherche flattait ma vanité. Maintenant, j’éprouve pour lui un sentiment que je n’avais jamais ressenti. Mais l’expression de cette sympathie tardive ne vaudrait rien, ne m’est pas permise. Non, que je redoute une grande passion. Je ne la redoute pas plus que je ne la désire. Je n’ai pas le goût des émotions excessives. J’aime la gaieté, l’animation de la vie, le plaisir. Mais je ne suis pas sentimentale, je ne suis pas romanesque.