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— Pardon, pardon, dit-il, je regrette mes paroles. Comment ai-je pu vous parler ainsi ? Se peut-il que je vous fasse pleurer ?

— Ne regrettez rien. Encore une fois, vous m’avez éclairée. Je suis catholique, j’ai la grâce de la vérité intégrale et vous, Benedict Osborne, si prévenu en ma faveur, vous me jugez moins chrétienne que vos protestantes. Vous me classez presque parmi les incroyants.

— Vous savez, dit-il, qu’il n’y avait rien de blessant dans mes paroles. Vous êtes vraiment la femme que je souhaite.

Je lui fis signe de ne pas insister et trop troublée, trop émue, pour me contenir, je lui dis :

— Oui, je vis dans l’oubli de Dieu, dans l’insouciance des choses éternelles. J’ai la passion du bien-être, du plaisir ; oui, j’ai le goût effréné du luxe, la fureur de briller, toutes les idolâtries de la beauté, de la jeunesse, du succès. L’adulation m’enivre, mais sous tout cela la foi vit… Ah ! bien inerte, bien endormie… Mais vous l’avez réveillée.

Nous reprîmes en silence nos allées et venues. Était-il ému ? Je le crois et que la crainte de le laisser voir l’empêchait de parler.

Au-dessus de nos têtes, les pins étendaient leurs branches. Les arômes du jeune feuillage nous arrivaient avec des bruits d’ailes.