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Soyez franche, la différence de religion n’est qu’un prétexte. Vous refusez d’être ma femme parce que vous n’avez pour moi que de la répulsion.

— Vous savez ce que vous êtes, vous savez ce que vous valez, répliquai-je. Je n’ai pas à répondre là-dessus. Mais dites-moi, monsieur, ce qui vous fait croire que je ne suis catholique que de nom. Je voudrais le savoir.

Il éluda d’abord la question. J’insistai et, s’arrêtant au milieu de l’allée, il me dit avec calme :

— Mademoiselle, si vous et moi nous ne croyions qu’à la vie présente, qu’y aurait-il à changer dans notre manière de voir, de juger, de sentir et de vivre ?

Je restai devant lui silencieuse et confuse. Une lumière inexorable m’envahissait, me forçait à voir la contradiction absolue entre ma foi et ma vie de luxe, de plaisirs, d’égoïsme et d’orgueil.

Il se pencha et murmura :

— Vous ai-je fait de la peine ?

— Vous m’avez fait un grand bien, vous m’avez éclairée, lui dis-je. Merci d’avoir été sincère. Merci de n’avoir pas craint de me dire la vérité.

Mais je ne pus retenir quelques larmes.