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ZOOLOGIE. — Note sur quelques Mammifères du Thibet oriental ; par M. Alph.-Milne Edwards


Deux Singes habitent les forêts les plus froides et les moins accessibles du Thibet oriental. L’un appartient au genre Macaque, et doit se placer à côté du M. speciosus, du M. Tcheliensis et des autres espèces à queue très-courte. Son pelage est d’un brun grisâtre foncé ; les poils, très-longs et très-épais, ne présentent pas de bandes diversement colorées ; ils sont uniformément teintés de leur base à leur pointe ; les parties inférieures du corps sont d’un gris beaucoup plus clair : la face et les mains sont couleur de chair. J’ai désigné ce Macaque sous le nom de M. Thibetanus.

La seconde espèce doit prendre place dans le genre Semnopithèque ; je l’ai nommée S. Roxellana. Elle se distingue de tous les autres représentants connus de ce groupe par son pelage extrêmement long et fourni, ressemblant à une toison de chèvre ; les poils de la tête et du dos sont gris à leur base et d’un jaune argenté vers leur pointe ; cette couleur domine sur les membres, sur le ventre et sur les côtés de la face ; elle se mélange à une teinte rousse très-brillante sur la région frontale. La face est d’un vert jaune couleur turquoise, la paume des mains est brune. Le bord supérieur des narines est très-développé, de façon à constituer un véritable nez, très-court, il est vrai, mais fortement retroussé.

J’ai remarqué également, parmi les animaux envoyés au Muséum par M. l’abbé A. David, plusieurs insectivores très-intéressants et qui doivent constituer deux genres nouveaux. L’un, que j’ai appelé le Nectogale elegans, semble établir un passage entre les Desmans et les Musaraignes ; de même que les premiers, il a des pattes postérieures élargies en palettes natatoires ; sa queue est longue et comprimée latéralement, mais son museau est court et ses dents ressemblent beaucoup à celles des Sorex ; il n’y en a que vingt-huit ainsi réparties : seize à la mâchoire supérieure et douze à l’inférieure. Le second genre portera le nom d’Anourosorex ; ainsi que ce nom l’indique, il se rapproche des Musaraignes, mais se distingue nettement par sa queue tellement courte, qu’elle disparaît sous les poils, et par ses pattes écailleuses ; ses dents sont moins nombreuses que celles des Sorex : on n’en compte que vingt-quatre, douze en haut et douze en bas.

Une Taupe, Talpa longirostris, parait aussi constituer une espèce nouvelle ; elle est caractérisée par son museau très-allongé, qui lui donne une certaine ressemblance avec la T. Moogura du Japon. Mais chez cette dernière