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de lanternes à vitres colorées. Il y en avait une à verres noirs, une à verres blancs, les autres étaient violette, bleue, verte, jaune et rouge. J’ai déterminé, à l’aide du prisme, la véritable valeur de ces verres colorés ; il est indispensable que je l’indique d’abord. Le verre violet se laissait traverser par le spectre entier, à l’exception de la région vert-jaune ; à travers le verre bleu, la région vert-jaune était seulement affaiblie ; le verre vert était sensiblement monochromatique, ne laissant passer, en outre du vert, qu’un peu de bleu et de jaune ; le verre jaune était perméable aux rayons verts, jaunes, orangés, rouges ; enfin, le verre rouge était véritablement rouge.

La meilleure manière de mettre en évidence l’influence de ces diverses couleurs me paraît être de raconter succinctement une de mes expériences. J’appellerai blanche, par abréviation, la plante placée dans la lanterne à verres blancs, etc.

Le 12 octobre 1869, je place dans chaque lanterne cinq jeunes sensitives ; ces plantes proviennent d’un même semis, et sont sensiblement de même taille. Ces lanternes sont placées dans la serre chaude de la Faculté de Médecine. Déjà, quelques heures après, ces sensitives n’ont plus toutes le même aspect ; les vertes, jaunes et rouges ont leurs pétioles dressés, leurs folioles relevées ; les bleues et violettes, au contraire, ont les pétioles presque à l’horizontale, et les folioles étalées. Je n’insiste pas sur ces faits, qui feront le sujet d’une Communication ultérieure.

Le 19, les sensitives noires sont déjà peu sensibles ; le 24, elles sont mourantes ou mortes. Dés le 24, les sensitives vertes sont complètement insensibles ; le 28, elles sont mortes. À ce moment, les plantes des autres lanternes sont parfaitement vivantes et sensibles ; mais il est facile de remarquer entre elles une grande inégalité de développement. Les blanches ont beaucoup poussé ; les rouges moins, les jaunes un peu moins encore ; les violettes et les bleues ne semblent pas avoir grandi du tout.

Le 28 octobre, on transporte dans la lanterne verte les sensitives vigoureuses de la lanterne blanche. Le 5 novembre, elles sont très-peu sensibles ; le 9, la sensibilité a presque complètement disparu ; le 14, toutes ces plantes sont mortes.

Les sensitives des lanternes violette, bleue, jaune et rouge paraissent en parfait état de santé : elles sont, du moins, très-sensibles.

Les choses restent dans cette situation jusqu’au commencement de janvier. À ce moment, toutes les plantes sont encore vivantes, les sensitives jaunes et rouges ont plus du double de la taille des sensitives violettes et bleues, qui n’ont presque pas grandi, sans s’être pour cela étiolées. Les