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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/91

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Je finis une grosse pile de cent sacs dans deux mois. Puis, monsieur dit à son épouse : « Fais tes invitations pour aujourd’hui en huit. Je pars pour Paris. Je prends le cabriolet ; nous irons voir nos enfants, et Jean emportera des sacs vides, car il m’est dû beaucoup. Nous serons de retour samedi. A dimanche ton grand repas. — Il faut m’apporter de la marée, dit madame, et ce que tu voudras pour me faire deux plats, et des huîtres. — Ça suffit, madame. »

Les recettes se trouvaient toutes faites le jeudi et employées à des placements considérables. « C’est, dit mon maître, que vous me portez bonheur. Voilà un voyage complet. Faisons nos emplettes, nous partirons demain matin. »

Nous arrivons à cinq heures. Quelle joie pour madame de nous voir arriver de bonne heure ! Le lendemain, à cinq heures, cabriolets et carrioles arrivaient de tous les côtés, je ne savais auquel entendre : « Jean, allez à la ville chercher M. et Mme Brodart et sa demoiselle !… Jean, repartez de suite chercher mon gendre et ma fille ! » Et je faisais ronfler la voiture, toujours au galop. « Jean, il faut servir à table ! » Et le pauvre Jean se multipliait.

La soirée fut magnifique, et ma part de friandises fut mise de côté par madame. A onze heures, on me dit de me tenir prêt pour reconduire tout le monde. A minuit je commence : je fis trois voyages qui me valurent dix-huit francs. Mon