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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/71

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être le maître. Je peux dire que j’ai barboté deux heures ce jour-là. Le soir, l’eau avait disparu et les charretiers arrivent de toutes parts. Et moi de rentrer à la maison, de changer de tout et de me coucher de suite. Le vin sucré me fit dormir ; le lendemain je n’y pensais plus.

Monsieur et madame me firent demander de venir et m’emmenèrent dans leur chambre ; ils m’habillèrent tout à neuf. Après le déjeuner, M. Potier dit au garçon d’écurie : « Selle nos bidets ! » Et nous voilà partis pour voir des gros fermiers et acheter des blés. Mon maître fit des affaires pour dix mille francs, et nous fûmes traités en amis. Sans doute que M. Potier avait parlé à ces gros fermiers ; on me fit beaucoup d’amitiés, et je fus mis à table près de mon maître.

Il faut dire que j’étais bien décrassé. J’avais l’air d’un secrétaire. S’ils avaient su que je ne savais pas la première lettre de l’alphabet !… mais les habits de M. Potier me servaient de garantie auprès de ces messieurs. Et dame ! après dîner, nous partîmes au galop, nous arrivâmes à sept heures, et on me fit changer de place à table. Je vois mon couvert près de M. Potier, à sa gauche, et madame à sa droite. Et le premier garde-moulin près de madame, qui servait nos maîtres les premiers. Il faut dire que monsieur et madame étaient toujours au bout de la table ; on pouvait dire que c’était une