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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/52

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DU CAPITAINE COIGNET.

« Ces pauvres enfants, ils étaient trop malheureux,

toujours battus. » Je fus demander au petit et à sa sœur où étaient leurs deux frères : « Ils sont partis, me dirent-ils. — Et où ? — Ah ! dame, je ne sais pas. » Mon père est venu demander au père Coignet : « On dit que vos garçons sont partis ? » Mais il a répondu : « Je crois qu’ils sont allés voir des parents du côté de la montagne des Alouettes. C’est des petits coureurs. Je les rosserai[1] à leur retour. » Mes deux camarades me racontèrent ensuite que les deux plus jeunes n’étaient plus à la maison. « Ces pauvres petits », dirent-ils, « on ne sait pas ce qu’ils sont devenus ; tout le monde crie après le père Coignet et sa femme. »

À ce récit, les larmes m’échappèrent des yeux. « Vous pleurez ? me dirent-ils. — Ça fait trop de mal d’entendre des choses comme cela. — Dame ! on les battait tous les jours, et leur père ne les a pas cherchés du tout. »

Il était temps que cette conversation finisse,

  1. Il n’eut pas cette peine, il ne nous revit pas. Mais ce n’est pas tout, il restait encore le petit Alexandre et la petite Marianne qui embarrassaient cette vilaine femme. Ne voulant pas perdre de temps, un beau jour que mon père était en campagne, elle fait descendre ces deux pauvres petits, les prend par la main le soir, à la nuit, et les mène dans le bois de Druyes, les enfonce le plus avant qu’elle peut et leur dit : « Je vais revenir » ; mais pas du tout, elle les abandonne à la merci de Dieu. Jugez quelle douleur ! ces pauvres petits au milieu des bois, dans les ténèbres, sans pain, ne pouvant retrouver leur chemin. Ils restèrent trois jours dans cette déplorable position, ne vivant que de fruits sauvages, pleurant et appelant à leur secours. Enfin, Dieu leur envoie un libérateur. Cet homme se nommait le père Thibault, meunier de Beauvoir. Je le sus en 1804 (Coignet.)