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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/518

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de venir dîner avec moi dès ce soir, nous causerons. — J’accepte avec le plus grand plaisir. »

J’arrivai de bonne heure au rendez-vous, et Moirot m’apprit qu’il n’était plus chez M. Potier ; il était établi à son compte. Il avait gagné dans cette maison soixante mille francs, et, grâce à sa bonne conduite, il avait obtenu d’épouser une cousine de M. Potier. En nous quittant, il me serrait les mains avec émotion : « Ah ! que demain je vais faire des heureux, me dit-il, en leur apprenant que je vous ai vu ! »

À peine de retour à Coulommiers, il vole au moulin des Prés : « Qu’y a-t-il donc d’extraordinaire, Moirot, que vous courez si vite ? lui dit en l’apercevant de loin M. Potier. — Ah ! Monsieur, j’ai retrouvé M. Coignet, l’enfant perdu. — Comment ? que dites-vous ? — Oui, M. Coignet ; il n’est pas mort, mais très vivant, décoré, capitaine ! — Vous vous trompez : il ne savait ni lire ni écrire, il lui a été impossible d’occuper aucun grade. C’est, sans doute, quelque autre Coignet que vous aurez pris pour le nôtre. — C’est bien lui-même : j’ai reconnu tout de suite son gros nez, sa stature et sa voix. C’est un beau militaire. Il m’a dit qu’il avait trois chevaux et un domestique. Il désire bien vous voir. Il vous a tenu parole, car il a gagné le fusil d’argent qu’il vous avait promis de rapporter en partant de chez vous. — Mais c’est incroyable : tout cela m’étonne et me surpasse ; il faudrait que je le