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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/512

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avec leur chef en tête, un vieux troupier d’au moins 60 ans. Ils jouaient une chanson bien connue de nous :

On va leur percer le flanc,
Ran, ran, ran, ran, tan plan, tirelire ;
On va leur percer le flanc,
Que nous allons rire !
Ran, tan, plan, tirelire,
Que nous allons rire !

Pendant cet air, en guise d’accompagnement, les tambours, dirigés par M. Sénot, leur major, un homme accompli, battaient la charge à rompre les caisses ; les tambours et la musique se mêlaient. C’était à entraîner un paralytique !

Arrivés sur le sommet du plateau, nous n’étions plus séparés des ennemis que par les débris des corps qui se battaient devant nous depuis le matin. Précisément nous avions en face la garde impériale russe. L’Empereur nous fit arrêter, et lança d’abord les mamelucks et les chasseurs à cheval. Ces mamelucks étaient de merveilleux cavaliers ; ils faisaient de leur cheval ce qu’ils voulaient. Avec leur sabre recourbé, ils enlevaient une tête d’un seul coup, et avec leurs étriers tranchants ils coupaient les reins d’un soldat. L’un d’eux revint à trois reprises différentes apporter à l’Empereur un étendard russe ; à la troisième l’Empereur voulut le retenir, mais il s’élança de nouveau, et ne revint plus. Il resta sur le champ de bataille.