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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/504

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supérieure de la succursale des orphelines de la Légion d’honneur, rue Barbette.

Le 16 août 1848, anniversaire de ma naissance, je fus frappé du plus grand malheur ; je perdis ma compagne chérie après 30 ans de jours fortunés ; je restai seul, accablé de douleur. Que vais-je devenir à 72 ans ! Je ne puis rien entreprendre ; mes petites occupations ne pouvaient me tirer de mes ennuis profonds ; il y avait longtemps que je me creusais la tête de tous mes anciens souvenirs qui se trouvaient bien loin derrière moi. Si je savais écrire ! je pourrais entreprendre d’écrire mes belles campagnes, et l’enfance la plus pénible qu’un enfant de 8 ans a pu endurer. Eh bien, dis-je, Dieu viendra à mon aide. Ma résolution bien prise, j’achetai du papier et tout ce qu’il fallait ; je mis la main à l’œuvre.

Le plus difficile pour moi était de n’avoir point de notes ni aucun document pour me guider. Que de veilles et de tourments je me suis donnés pour pouvoir me retracer tout le chemin parcouru pendant ma carrière militaire ! Il n’est pas possible de se faire une idée de ma peine pour arriver à me reconnaître et me ressouvenir des faits. Si j’ai atteint mon but, je me trouverai bien récompensé, mais il est temps que je finisse. Ma mémoire est bien affaiblie ; ce n’est pas l’histoire des autres que j’ai écrite, c’est la mienne, avec toute la sincérité