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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/499

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baïonnette sur la poitrine pour lui faire donner les dépêches. »

Tous mes avis furent suivis ; l’autorité reprit son cours et le maire revint à son poste. La garde nationale fut convoquée pour se rendre à l’Arquebuse au nombre de 1,500 à 1,800 hommes, tous en blouse (les tailleurs n’eurent pas de bon temps). Je reçus l’ordre de m’y rendre pour être reçu, car ça pressait ; le canon ronflait à Paris, on faisait la chasse aux Suisses ; à Auxerre, on avait improvisé un drapeau pour faire les premières proclamations ; tous les jours on me promenait dans toutes les rues avec mon pénible fardeau. Quand je rentrais, j’étais en nage.

Mais ce fut bien pis plus tard ; la ville fit faire un drapeau qui coûtait 600 francs, il était magnifique ; la draperie était aussi large que la grande voile d’un vaisseau de 74 ; il me bouchait la figure. J’en pliais dessous ; quand je rentrais, tous mes habits étaient trempés. Comme c’était amusant pour un vieux capitaine qui avait assez de son épée ! Ils me tenaient des deux heures à parcourir toute la ville, puis arrivés à l’Hôtel de ville, il fallait le reporter chez le commandant Turquet sur le port ; si on l’avait gardé, je les aurais remerciés. Je faisais plus que mes forces ; je le donnai un jour à M. Mathieu pour le descendre, il ne put le porter à son terme.

Heureusement la Reine en avait brodé un,