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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/490

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de suite le pays. — Qu’allez-vous faire ? — J’ai des protecteurs au ministère de la guerre. »

Je congédiai mon individu, qui se rendit de suite à la mairie pour me dénoncer ; il dit au maire que j’avais tenu des propos à un conscrit dans la rue de la Draperie ; ce conscrit m’aurait dit : « Bonjour, capitaine. — Où vas-tu ? — En Espagne. — Eh bien ! tu n’en reviendras pas, ni toi, ni tes camarades. »

Je ne tardai pas à être appelé devant le maire ; à midi, l’agent de police me prévint que j’étais attendu. J’y vais sans faire de toilette, en casquette : « Que me voulez-vous, Monsieur le Maire ? — Eh bien, dit-il, si vous entendiez dire du mal de moi, me le diriez-vous, mon brave ? (Il me tenait les deux mains.) — Non, Monsieur le Maire, je ne suis pas dénonciateur. — Et si vous voyiez que l’on voulût me faire du mal, me le diriez-vous ? — Non, Monsieur le Maire, car je m’en souviens, au moment de faire la récolte, on a coupé vos vignes par le pied. Si je l’avais vu, je ne vous l’aurais pas dit ; mais si j’avais trouvé l’individu sur le fait, je l’aurais contraint de me suivre pour faire sa déclaration devant vous, et s’il ne l’avait pas faite, je lui aurais donné la correction devant vous. Voilà comme j’entends les dénonciations. — Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Vous êtes dénoncé. — Je proteste ; je ne vous demande ni grâce ni protection, je suis innocent. Je connais l’infâme ;