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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/474

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moment de partir pour la cathédrale, mais le chapitre des conversations se prolongeant un peu trop, la procession sortit et l’on vint avertir le préfet de ce contretemps. Au lieu d’aller à l’église, nous fûmes obligés de courir pour la rattraper sur la place, mais lorsque nous eûmes dépassé le portail, longeant le clergé pour nous porter derrière le dais, suivant notre général, on criait derrière nous à tue-tête : « En arrière ! en arrière les officiers, en arrière ! » C’était le tribunal qui voulait passer devant nous.

Je me trouvais sur le côté gauche ; le procureur du roi se trouvant à mon côté, me dit : « Vous n’entendez donc pas que je vous crie de rester derrière ? — Mais je suis mon général. — Je vous dis de laisser passer le tribunal. — C’est donc vous qui nous commandez ? Eh bien ! commandez ! — Je ne vous connais pas, dit-il. — Je vous connais moi, vous vous nommez Gachon, et il n’y a qu’un Gachon comme vous qui puisse gâcher un officier comme moi. Si vous étiez officier, je vous dirais deux mots. »

Il se trouvait parmi nous des chevaliers de Saint-Louis qui eurent l’insolence de me dire : « Donnez-lui un soufflet. » Je me retourne et les regardant, d’un air de mépris : « Que me dites-vous ? C’est affaire à vous de lui donner un soufflet et non à moi ; vous seriez pardonnés et moi fusillé. » Il fallut que je restasse encore une fois humilié. Cela fit grand bruit dans la