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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/461

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les cahiers

monarchie. Installé chez Carolus Monfort, je formais le noyau de sa table d’hôte ; le régiment de l’Yonne était caserné à l’hôpital des fous, porte de Paris ; il vint 16 ou 17 officiers qui s’arrangèrent pour le prix de la pension, et me voilà doyen de cette table. Il fallut faire connaissance avec ces nouveaux arrivants. Il se trouvait parmi eux un vieux capitaine de vieille date, à cheveux gris, qui se mettait toujours en face de moi à table. Je voyais qu’il désirait faire ma connaissance et n’avait pas l’air à son aise avec ces jeunes officiers. Parmi eux, un nommé de Tourville, sous-lieutenant sortant des gardes du corps, et un nommé Saint-Léger, ancien sergent-major dans la ligne, qui avait été trouver le roi à Gand, se déboutonnèrent du beau rôle qu’ils avaient joué dans l’affaire du maréchal Ney ; ils se vantèrent d’avoir été travestis en vétérans pour le fusiller au Luxembourg. Je ne me possédais plus. J’étais prêt à sauter par-dessus la table. Je me retins, me disant : « Je vous pincerai au premier jour. »

Le vendredi, Mme Carolus nous sert un plat de lentilles pour légumes ; voilà mes antagonistes qui jettent feu et flammes, ils voulaient prendre le plat et le faire passer par la croisée. Je leur dis doucement : « Messieurs, il faut voir ce que décide votre vieux capitaine. Je m’en rapporte à lui. »

Le vieux capitaine goûte les lentilles : « Mais