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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/46

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DU CAPITAINE COIGNET.

J’avais fait trois lieues, et j’avais grand besoin de manger à ma sortie de la messe. Je me dirige chez ma sœur du premier lit, qui tenait une auberge ; je lui demande à manger.

« Que veux-tu, mon garçon, à dîner ?

— Madame, une demi-bouteille et un peu de viande et du pain, s’il vous plaît. »

On me sert un morceau de ragoût, je mange comme un ogre ; je me mets dans un coin pour voir tout le monde qui venait des campagnes faire comme moi. Enfin, mon dîner fini, je demande : « Combien vous dois-je, madame ? — Quinze sous, mon garçon. — Les voilà, madame. — Tu es du Morvan, mon petit ? — Oui, madame. Je viens pour tâcher de trouver une place. »

Elle appelle son mari. « Granger, dit-elle, voilà un petit garçon qui demande à se louer. — Quel âge as-tu ? — Douze ans, monsieur. — De quel pays es-tu ? — De Menou. — Ah, tu es du Morvan. — Oui, monsieur. — Sais-tu battre à la grange ? — Oui, monsieur. — As-tu déjà servi ? — Quatre ans, monsieur. — Combien veux-tu gagner par an ? — Monsieur, dans mon pays, on gagne du grain et de l’argent. — Eh bien ! si tu veux, tu resteras ici, tu seras garçon d’écurie ; tous les profits seront pour toi. Tu es accoutumé à coucher à la paille ? — Oui, monsieur. — Si je suis content de toi, je te donnerai un louis par an. — Ça suffit, je reste.