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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/455

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les cahiers

dit : « Je ne puis vous servir. J’ai ordre de me tenir prêt à recevoir les alliés qui sont aux portes et vont faire leur entrée ; les autorités leur ont porté les clefs de la ville. » Au même instant, on crie : « Aux cosaques ! » Nous sortîmes le ventre creux ; à peine dans la rue, nous vîmes la cavalerie qui marchait en bataille au petit pas et une foule immense de peuple de tout sexe, hommes et femmes. Ce coup d’œil faisait frémir ; toutes les dames, richement vêtues, avec de petits drapeaux blancs d’une main et le mouchoir blanc de l’autre, formaient l’avantgarde en criant : « Vivent nos bons alliés ! » Mais la foule fut pressée par cette cavalerie contre le pont et passa nos portes. Puis, l’ennemi posa ses factionnaires ; les portes se fermèrent, et chacun chez soi, de chaque côté des palissades ! Quant aux mouchoirs blancs et aux petits drapeaux, nos soldats s’en emparèrent, et, bras dessus bras dessous, les emmenèrent dans leurs logements. Des maris voulurent s’y opposer, mais les soldats pour toute réponse leur envoyaient un soufflet ; il fallut subir la loi du plus fort, et les maris de repasser la Loire dans des barques pour rejoindre leurs chers alliés, comme ils les appelaient. Leurs femmes passèrent la nuit de notre côté ; il leur fallut retourner en bateaux.

Le maréchal ne souffla mot ; tout alla le mieux du monde. Peines et plaisirs se passent avec