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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/449

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les cahiers

j’avais le droit de me présenter tous les jours pour recevoir les ordres et assister aux distributions. Là, je voyais arriver toutes les députations : généraux et matadors en habit bourgeois… De grandes conférences se tenaient nuit et jour ; je dois dire à la louange des Parisiens que rien ne nous manquait ; ils envoyaient de tout, même des cervelas et du pain blanc à l’état-major. Le matin, à 4 et 5 heures, je voyais ces braves gardes nationaux monter sur les murs de clôture de l’enceinte de Paris, prendre à gauche du village pour ne pas se faire arrêter, et se porter sur la ligne pour faire le coup de fusil avec les Prussiens. Tous les jours, je voyais ce mouvement[1]. Le 29 ou le 30 juin, je dis à mon domestique : « Donne l’avoine à mon cheval ; selle-le ; je vais voir les gardes nationaux. »

Je pars bien armé ; j’avais deux pistolets dans les fontes ; ils étaient carabinés ; il fallait un maillet pour les charger et portaient la balle loin ; ils m’avaient coûté cent francs.

Sur le terrain de cette plaine des Vertus, j’avais la vieille garde à ma droite et les gardes nationaux à ma gauche ; j’arrive près de nos derniers factionnaires qui étaient en première ligne, l’arme au bras. Je leur parlai ; ils étaient furieux de leur inaction : « Point d’ordres ! disaient-ils, les gardes nationaux font le coup de

  1. Voilà qui rectifie la sévérité de la page 380.