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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/444

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faire tuer. Que ne le laissèrent-ils s’accomplir ! Ils lui auraient épargné bien des souffrances, et au moins nous serions morts à ses côtés, mais les grands dignitaires qui l’entouraient n’étaient pas décidés à faire un tel sacrifice. Cependant, je dois dire qu’il fut entouré par nous, et contraint de se retirer.

Nous eûmes toutes les peines du monde à en sortir ; on ne pouvait se faire jour à travers cette foule ébranlée par la peur. Ce fut bien pis quand nous fûmes arrivés à Jemmapes. L’Empereur essaya de rétablir un peu d’ordre parmi les fuyards ; ses efforts furent sans succès. Les soldats de tous les corps et de toutes les armes, marchant sans ordre, confondus, se heurtaient, s’écrasaient dans les rues de cette petite ville, fuyant devant la cavalerie prussienne qui faisait un hourra derrière eux. C’était à qui arriverait le plus vite de l’autre côté du pont jeté sur la Dyle. Tout se trouvait renversé.

Il était près de minuit. Au milieu de ce tumulte, aucune voix ne pouvait se faire entendre ; l’Empereur, convaincu de son impuissance, prit le parti de laisser couler le torrent, certain qu’il s’arrêterait de lui-même quand viendrait le jour ; il envoya plusieurs officiers au maréchal Grouchy pour lui annoncer la perte de la bataille. Le désordre dura un temps considérable. Rien ne pouvait les calmer ; ils n’écoutaient personne, les cavaliers brûlaient la cervelle à leurs che-